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NOCES DE SANG - Federico Garcia Lorca




"Je suis partie avec l'autre! Je suis partie!


Toi aussi, tu serais partie"








1. Résumé


2. Conditions d’écriture : Federico Garcia Lorca

3. La pièce


4. Analyse des personnages


5. Analyse : Quelle est la question que souhaite répondre l’auteur ?





1. Résumé


Des noces s’annoncent.

Le fiancé et la fiancée vont s’unir en mariage pour mener une vie ensemble : une maison, une famille et l’union de leur patrimoine commun dans ce village espagnol de 1830.

Un seul problème s’annonce : Léonard.

La passion aveuglante que lui et la fiancée ressentent l’un pour l’autre va les mener à leur perte.

Malgré les vœux de mariage à peine prononcés, ils s’échappent ensemble en instaurant la honte familiale.

Le fiancé part à leurs traces afin de sauver son honneur.

Léonard et le fiancé s’entre-tuent.

La fiancée danse seule dans un bal nuptial sanglant.



2. Contexte d’écriture


Écrite en 1931 par Federico García Lorca, poète et dramaturge espagnol, né en juin 1898 à Grenade et exécuté en août 1936 entre Viznar et Alfacar par des milices franquistes.


Noces de sang est un drame s'inspirant de la vie traditionnelle des villages andalous.

Cette pièce retrace l'histoire tragique d'une passion impossible mais irrépressible, dans la société fermée et traditionnelle d'une petite bourgade.


L’idée d’écrire une tragédie basée sur la fuite d’une jeune mariée et de son ancien amant traversa l’esprit de Lorca le 25 juillet 1928, après avoir lu la chronique d’un fait divers dans le journal ABC

(Auclair, 1972). L’information apportait des détails sur un assassinat commit le 22 juillet dans le milieu rural de la province d’Almería.

Or, la rédaction de Noces de sang ne se fit pas de manière immédiate à la suite de ce crime, mais bien quatre ans après.


En 1931 Lorca fut nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionné : La Barraca, dont la mission était de faire des tournées dans les provinces essentiellement rurales pour présenter et diffuser le grand répertoire classique espagnol au plus grand nombre, et notamment auprès des couches sociales les plus déshéritées. C'est ainsi que La Barraca monte, sous la direction de Lorca, des pièces de Lope de Vega, Calderón de la Barca, Tirso de Molina et Cervantes (Depuis sa création il y a eu un total de 13 œuvres en 74 lieux.)


En 1932 il écrit alors la trilogie rurale : Noces de sang, Yerma et La maison de Bernarda Alba.


La rédaction de la pièce, Noces de sang, pris sa forme définitive en une semaine.


La première représentation fut en 1933.


Sans La Barraca et ses visites aux villages ruraux, tout comme l’attachement de Lorca à la terre et ses origines andalouses, il n’aurait pas écrit son œuvre phare.



« J’aime la terre.

Je me sens lié à elle dans toutes mes émotions.

Mes plus lointains souvenirs d’enfant ont la saveur de la terre.

Les bestioles, les animaux, les gens de la campagne, inspirent, suggèrent

de secrets messages qui parviennent à très peu d’entre nous.

Je les capte aujourd’hui avec le même esprit que celui de mes plus jeunes années.

Sans cela, je n’aurais jamais pu écrire Noces de sang. »



3. Analyse de texte


Premier tableau


Au petit matin, chez le fiancé.


Le fiancé annonce à sa mère qu’il part travailler dans ses vignes.

Elle souhaite lui donner son déjeuner mais il dit qu’il mangera des raisins et demande à sa mère de lui rapporter son couteau.

Couteau qu’elle semble lui cacher à la moindre occasion.



« le couteau !

Maudits soient-ils tous et maudit celui qui les a inventés »


« et maudits les fusils, les pistolets… »

(…) tout ce qui peut feindre le corps de l’homme »


« je ne sais pas comment tu oses porter un couteau sur toi

ni pourquoi je laisse la serpe dans la huche »



Elle nous parle de sa perte : son mari, le père du fiancé, est mort assassiné après trois ans de mariage. Son fils aîné est mort dans les mêmes circonstances quelques années plus tard.


Sa seule peur est de rester seule et que son fils, le fiancé, la laisse « je n’ai plus que toi ».

C’est pour cela qu’elle ne voit pas d’un très bon œil le mariage à venir de celui-ci, mais elle l’accepte en gain du bonheur de son fils et dans l'espoir d’avoir des petits-fils et petites-filles qui seront un secours à sa solitude.



(la mère) « tache de me réjouir avec six petits-enfants »


(le fiancé) « le premier-né sera pour vous »


(la mère) « mais qu’il y ait des filles… je veux broder, faire de la dentelle et avoir la paix »



Le fiancé et sa mère discutent ainsi la demande en mariage et les cadeaux à apporter. Par la suite le fiancé part en laissant sa mère en compagnie de la voisine qui vient lui faire visite.

Elle lui apporte la nouvelle d’un accident : Un homme s’est fait couper les deux bras par une machine.



« je pense que ton fils et le mien sont bien là où ils sont,

endormis, tranquilles

plutôt qu’exposés à vivre estropiés »



Elle fait référence aux fils qu’elles ont perdus toutes deux emportés par la mort mais nous pouvons également nous demander si elle ne fait pas également référence aux fils qu’elles ont encore vivants.

Ces femmes, en tout cas la mère, a construit une bulle de richesse, confort et protection pour son fils afin de le protéger. Mais le revers de la médaille de cette protection est qu’il est endormi, en dehors du monde, de la réalité (nous pouvons justifier cette pensée par une réflexion de la fiancée qui décrit le fiancé comme « un petit garçon d’eau »).



« ton fils vaut son pesant en or »



La mère profite de demander à sa voisine des informations concernant la fiancée de son fils qu’elle ne connaît pas.



« quand on la nomme c’est comme si je recevais une pierre en plein front »



Inconsciemment elle a un instinct qui annonce la fatalité ; mais elle met de côté ses doutes au fait qu’elle ne veut pas perdre son fils.

Elle s’intéresse à connaître la vie de la fiancée afin de mieux protéger son fils par la suite et savoir qui elle fait rentrer dans sa famille.


On apprend ainsi que la fiancée vit seule avec son père, isolée du village.


La mère avait entendu parler des fiançailles de la jeune femme avec un homme quelques années auparavant.

Lorsqu’elle a demandé à son fils par rapport à cette rumeur le fiancé le nie. Par contre la voisine le confirme : la jeune femme a bien été fiancée dans la période de ses 15 ans. Par contre, les fiançailles ont été rompues. L’homme s’est marié il y a 2 ans avec une cousine à elle.


L’homme est Léonard Félix.


Il fait partie de la famille ennemie, celle qui a tué son fils et son mari, à qui la mère garde une haine irrépressible (même si Léonard avait huit ans au moment des assassinats).


La voisine demande à la mère de ne rien dire à son fils pour ne pas éveiller le doute ni la rancune envers sa fiancée.



Deuxième tableau


Chez Léonard.


La belle-mère berce son petit-fils dans les bras. Sa fille, la mère de l’enfant tricote à côté d’elle.

Elles chantent.


Rentre Léonard qui vient de chez le maréchal-ferrant. Il se plaint que son cheval perd ses fers neufs depuis plus de deux mois.

Sa femme répond qu’il l’utilise beaucoup trop souvent pour aller beaucoup trop loin.



« hier des voisines m’ont dit qu’elles t’ont vu à l’autre bout des plaines »



La belle-mère rétorque : « pour ce qui est de moi, ce cheval peut bien crever ».

Elle n’approuve pas que Léonard s’éloigne de sa maison.

Tant la belle-mère que la femme de Léonard savent qu’il utilise son cheval pour s’approcher de la maison de la fiancée régulièrement.

L’amour que Léonard ressent pour la fiancée est explicite mais personne n’en parle. Comme un fantôme qui plane au-dessus de leurs têtes : tout le monde sait qu’il est là mais personne ne veut l’affronter directement.


L’annonce de la demande en mariage de la fiancée est un sujet sensible pour cette petite famille.

Léonard éprouve de la rancune envers la fiancée, la belle-mère du dépit pour son gendre et la femme de la désolation et de l’impuissance.



(Léonard) « c’est une fille à surveiller »


(belle-mère) « il dit ça parce qu’il la connaît…

tu le sais bien, qu’il a été trois ans son fiancé »



La femme se met à pleurer.


Une jeune fille rentre à son tour. Elle souhaite raconter ce que le fiancé a acheté pour offrir à la fiancée mais Léonard lui crie fortement qu’il ne veut rien en entendre parler. La jeune fille part en pleurant.



« quel besoin as tu de te brouiller avec les gens ? »



Aigre et agressif il part.


La belle-mère revient avec l’enfant dans les bras et lui chante une chanson.

Les deux femmes pleurent.



Troisième tableau


Chez la fiancée.


La mère et le fiancé viennent pour faire la demande en mariage.

Elle habite dans une grotte très loin du village.



« en 4 heures de voyage pas une maison, pas un arbre »



Le père, vieil agriculteur, vient à leur rencontre.


La demande en mariage devient avant tout une exposition de la richesse de chacun.

Elles sont toutes deux des familles de grande fortune qui vont unir leur capital terrien.



(la mère) « mon fils il a de quoi »

(le père) « ma fille aussi »



Il y a une grande confusion entre l’amour et la richesse.


La seule tristesse qu’éprouve le père est son impuissance d’avoir un petit verger qui se trouve entre les terres des deux familles puisqu’on ne veut pas le lui vendre.


Le verger est la métaphore de Léonard. Sa figure s’interpose entre les deux fiancés.

« c’est toujours ce qui arrive » répond innocemment le fiancé.


Très simplement les parents acceptent le mariage.

Les noces se fêteront lors de l’anniversaire de la fiancée. Elle aura 22 ans tout juste.


La fiancée apparaît.

La mère fait sa connaissance, lui donne des conseils et des cadeaux. Elle est très froide et autoritaire.



« tu sais ce qu’est le mariage petite ?

c’est un homme, des enfants

et un mur épais de deux mètres entre toi et tout le reste »



Le fiancé dit qu’il reviendra le lendemain la voir, puis ils partent.



Seule avec la servante, la fiancée ne veut pas ouvrir les cadeaux.



« On dirait que tu n’as pas envie de te marier »



En effet, elle semble aigrie à l’idée de se marier et devient agressive avec la servante qui est elle, contente.


En souhaitant changer de sujet la servante dit que la nuit dernière un cheval est venu et s’est arrêté devant sa fenêtre. Elle dit qu’elle a reconnu Léonard. La fiancée s’emporte furieuse et nie cette visite nocturne, mais face à l’insistance elle finit par accepter que c’était lui.


Pendant que son père, fier, mettait en valeur les qualités ménagères de sa fille « elle commence à pétrir le pain à trois heures quand l’étoile du berger se lève » elle recevait en fait la visite de Léonard.


La seule question qu’il nous reste à savoir est : que faisait Léonard avec la fiancée à trois heures du matin ?



Deuxième acte


Premier tableau


À l’aube avant la noce.


La fiancée est assise en dehors de sa grotte pendant que la servante la coiffe.

Elles se plaignent de la chaleur ce qui mène la fiancée à parler de sa mère.



« ma mère était d’un endroit couvert d’arbres.

De riches terres […]

mais elle s’est consumée ici »

« comme nous nous consumons toutes »



La servante lui parle de la nuit de noce avec beaucoup d’illusion. Elle est rêveuse et romantique.



« qu’est-ce qu’une noce ?

Les fleurs, les gâteaux ?

Non, c’est un grand lit brillant, avec un homme et une femme »



La fiancée lui demande de se taire en faisant appel à la chasteté mais nous savons qu’elle est énervée. Ces pensées lui sont amères : passer la nuit avec un homme qu’elle n’aime pas la rend triste.

Elle jette les fleurs d’oranger à terre.



« fille ! Quel malheur veux-tu t’attirer en jetant à terre ta couronne ? »



La servante lui dit qu’elle est à temps de refuser ce mariage mais la fiancée s’excuse en disant qu’elle est nerveuse et qu’elle a donné sa parole de se marier.


La coiffe finit, la servante chante heureuse autour de la fiancée. Elles sont gaies jusqu’à ce qu’on frappe à la porte.

Léonard rentre. Il est le premier convié à arriver. Il est nostalgique et essaye d’être content en vain.



« et le marié ? Lui a-t-il déjà offert l’oranger qu’elle doit mettre à son corsage ? »



Dans la culture espagnole les fleurs d’orangers sont synonymes de bonheur, pureté et fidélité.


La fiancée, énervée, va à sa rencontre à moitié habillée et le confronte en lui demandant s’il met en doute les valeurs que promet la couronne de fleurs.

Par contre celui-ci n’hésite pas à l’affronter à son tour en lui demandant directement des explications concernant leur relation passé.



« qu’ai-je été pour toi ? 

Deux bœufs et une mauvaise masure, qu’est-ce que ça vaut ?

Voila ce qui t’a fait peur »



Il lui reproche de ne pas s’être mariée avec lui de par sa pauvreté. Elle va se marier avec quelqu’un de riche et l’argent est pour lui un crachat qui blesse son orgueil.

De son côté, elle lui reproche d’avoir joué avec elle et s’excuse d’être tombée amoureuse de lui de par sa solitude.



« il y a un beau jeu à pousser à bout une fille seule dans un dessert »


« mais j’ai de l’orgueil.

C’est pour ça que je me marie.

Et je m’enfermerai avec mon mari que je dois aimer par-dessus tout »



Pourquoi se sont-ils séparés ?

Ils se blâment réciproquement, ils se reprochent l’un l’autre de s’être mariés (ou être sur le point de le faire) de manière fougueuse. Malgré leur hostilité une passion indéniable se dégage d’eux.


Léonard ne peut plus se taire et lui déclare son amour.



« l’orgueil ne te servira à rien »


« à quoi l’orgueil m’a servi, à moi ?

À quoi ça m’a servi de ne pas te regarder ? »



Il se sent brûler vif.

Même s’il a lutté contre lui-même et a mis en avant son orgueil, ceci ne lui a pas évité de ressentir cette passion destructrice pour la fiancée, bien au contraire, ça n’a fait que renforcer son amour.



« brûler et se taire sont la pire des condamnations »



Il la prévient que son orgueil ne fera pas qu’elle aime quelqu’un qu’elle n’aime pas et que le temps n’arrachera pas les émotions qu’il sait ce qu’elle ressent pour lui.



« tu crois que le temps guérit, les murs protègent,

mais ce n’est pas vrai.

Quand les choses arrivent à nos centres, personne ne peut les arracher »



La fiancée est subjuguée par ses paroles et sa déclaration. Elle éprouve une véritable division entre ce qu’elle sent et ce qu’elle veut. La passion la consume autant que lui.



« je ne peux pas entendre ta voix.

C’est comme si je buvais de la liqueur d’anis et je m’endormais sur un matelas de roses.

Ta voix me tire, je sais que je vais me noyer, mais je la suis »



Les invités arrivent en chantant. Elle part en courant et Léonard sort.

Elle revient en robe de mariée et couronnée par les fleurs d’oranger.

Le fiancé arrive également.


Léonard rentre à nouveau avec sa femme au bras ce qui ne rend pas contente la mère du fiancé.


La fiancée de son côté se presse d’aller à l’église et se marier.



(la fiancée au fiancé) « ne plus entendre d’autre voix que la tienne

(…) puisses-tu me serrer si fort que même si ma mère morte m’appelait

il me soit impossible de m’arracher à toi ! »



Que la fiancée fasse référence à sa mère met en valeur l’importance de ses émotions envers Léonard. La mère de la fiancée est une figure importante dans sa vie mais Léonard est encore plus fort. Elle a peur d’elle-même et que ses sentiments lui fassent faire une bêtise.


Ils sortent vers l’église.

Léonard dit qu’il n’a pas très envie d’y aller mais sa femme le lui reproche. Elle sait qu’il ne veut pas y aller pour ne pas voir la fiancée se marier. Elle sait aussi bien que Léonard continue à aimer sa cousine et qu’il n’a aucun intérêt pour elle, mais elle renforce sa position comme épouse et mère de ses enfants (elle a un enfant et en attend un autre).

Elle lui dit qu’elle n’est pas prête à renoncer à lui puisqu’elle l’aime.


Ils sortent en direction de l’église.



Deuxième tableau


La servante range sur une table des verres et des plateaux à l’extérieur de la grotte de la mariée.


Les personnages reviennent de l’église.


La fiancée est sombre « les bénédictions pèsent lourd »


La grotte de la fiancée semble être un endroit si lourd, triste et solitaire que même les personnages sont surpris et ravis quand il y a de la bonne ambiance de fête.



(le père) « je ne reconnais plus ma maison »



La fiancée sort avec deux jeunes filles.


La femme de Léonard et le fiancé s’entretiennent. Elle lui souhaite du bonheur mais ne peut éviter d’être nostalgique.



« vous allez vivre ici tous deux sans jamais sortir et vous ferez une maison prospère.

Comme j’aimerais moi, vivre loin de tout »



La femme va rejoindre Léonard, elle est inquiète et agitée.


De son côté, la fiancée est avec deux jeunes filles qui se débattent pour savoir à qui la fiancée va donner la première épingle de sa coiffe. Ce symbole signifie que la première à l’avoir eu sera mariée dans l’année.

La fiancée est inquiète et agitée et ne fait pas attention aux préoccupations des deux filles et les interrogent pourquoi elles ont si hâte de se marier.


Elle aperçoit Léonard de loin et quand le fiancé rentre et la prend dans ses bras, elle sursaute et se débat en pensant que celui-ci est son ancien amant, mais en apercevant son fiancé elle se tranquillise. Malgré tout elle se défait de son câlin.


Il est important de souligner la façon dont elle réagit quand elle pense que c’est Léonard.

« laisse ! »  elle lui dit. Elle essaye de se défaire d’un geste que Léonard semble avoir l’habitude de faire. De plus ceci arrive quand elle ne porte plus sa couronne d’oranger.



(le fiancé) « tu as l’air effrayée »

(la fiancée) « je n’ai rien. Ne t’en va pas »



La femme de Léonard les interrompt et cherche désespéramment son mari qui a disparu tout comme son cheval.


La fiancée déclare qu’elle est fatiguée et souhaite se coucher un moment.


La servante qui comprend très bien le mal de la mariée met en garde indirectement le fiancé :



« toi seul a le pouvoir de la guérir. Elle t’appartient »



En disant cela, on pourrait croire qu’elle parle du mal physique (tempes serrées) mais elle fait également référence à Léonard, le mal de son cœur.


La fiancée sort.



Le fiancé rencontre sa mère qui lui donne des conseils pour sa vie future :



« si un jour tu la vois méprisante ou en colère,

fais-lui une caresse qui la bouscule un peu: une étreinte rude, une morsure,

et après un baiser très tendre.

qu’elle ne puisse pas t’en vouloir, mais qu’elle sente en toi le mâle, le maître »


« c’est ainsi que ton père m’a mené.

Et comme il n’est plus là, c’est moi qui dois t’inculquer sa force »



à ce que le fiancé répond « je ferais toujours ce que vous me commandez »


Un nouveau présage fatidique de la mère semble apparaître « j’ai la tête pleine de choses. D’hommes, de combats ». Son fils l’interprète comme les habituelles visions tragiques de son père et son frère, mais nous savons qu’ils peuvent également faire référence à lui.



Les invités arrivent pour faire une ronde avec les mariés, le père demande où est sa fille.

Il va la chercher dans sa chambre mais revient sans elle. Le fiancé part à son tour la chercher mais elle a disparu.

La femme de Léonard annonce qu’ils se sont enfuis ensemble



« serrés l’un contre l’autre ! Soufflant la même haleine »



Le fiancé, motivé par sa mère, cherche un cheval pour les poursuivre.


Pour une part, elle a peur pour lui « non, n’y vas pas. Ces gens tuent vite et bien » mais de l’autre elle le motive à venger son honneur.

De plus elle se sent plus forte puisque l’ensemble des deux familles réunies permettent d’assurer la vie de son fils et venger l’offense.



« il y a du monde pour lui, ses cousins de la mer et ceux de l’intérieur »

« hors d’ici ! Sur tous les chemins !

L’heure du sang est revenue »



Troisième acte


Premier tableau


Un bois, la nuit.


Des bûcherons disent que la fiancée et Léonard sont recherchés.



« ils devraient les laisser tranquilles »


« mais ils les tueront »



Ils cherchent un arbre de quarante branches pour l’abattre. Celui-ci est un symbolisme de l’arbre généalogique.

Un des bûcherons dit que le fiancé a la couleur de cendre « marqué du destin de sa caste ».

En effet, toute sa famille est morte de la main des Félix dans la rue, et celui-ci est un cycle qui se répète toujours et que le briser est difficile. Leur destin est marqué par les couteaux et les fusils.


Ils demandent à la lune de ne pas sortir pour ne pas dévoiler avec sa clarté la cachette des amants.


La lune de son côté chante et annonce aux bûcherons qu’elle ne se cachera pas et elle laissera un couteau d’argent pour ouvrir des poitrines humaines.

Cette lune, fatidique et solitaire, souhaite la mort d’un amant.



« ouvrez des poitrines humaines où je plonge pour avoir chaud »


« pas d’abri ni d’ombre qui tienne pour qu’ils puissent m’échapper »


« j’aurai un cœur pour moi »




La mort sous l’apparence d’une mendiante fait son apparition et complote avec la lune sur la mort des amants.



« qu’on ouvre les coffres.

Le lin attend par terre dans l’alcôve des corps lourds au cou ensanglanté »


« vite ! Beaucoup de lumière ! Ils n’échapperont pas »



Le fiancé rentre avec un garçon. Ils cherchent.

Le fiancé précise qu’il venge son honneur tout comme celui des membres de sa famille qui sont morts à cause des Félix. Celle-ci est aussi une histoire de vengeance et rancune trans-générationnelle. Quand il fait référence à « la chasse la plus belle » il ne parle pas de récupérer sa femme mais de tuer Léonard. Il venge ainsi la mort de sa famille, venge la tristesse de sa mère et la sienne.



« tu vois ce bras ? Ce n’est pas mon bras.

C’est celui de mon père ; de mon frère,

celui de tous les morts de ma famille »



Il tombe sur la mendiante qui lui fait des présages morbides et accepte de le guider jusqu’à eux.



« tu serais encore plus beau endormi »


« n’aimerais-tu pas mieux être couché sur le dos

plutôt que debout sur l’étroite plante de tes pieds »



Les bûcherons reviennent, ils chantent et demandent grâce, même s’ils savent que leurs prières ne seront pas entendues.




La fiancée et Léonard se cachent dans les bois.

Elle ressent du regret et de la honte de s’être enfuie et demande à Léonard d’arracher d’elle cet amour qui la malmène « arrache cette chaîne de mon cou d’honnête fille ». Elle se sent prisonnière de cet amour tellement puissant qui la fait agir contre ce qu’elle est et ce qu’elle souhaite.

Elle lui demande désespérée de la laisser dans sa maison de pierre (sa grotte, sa prison, sa tombe) à vivre avec la honte de ce qu’elle a fait, ou bien la tuer.



(Léonard) « Qui a descendu l’escalier la première ? »

(la fiancée) « je l’ai descendue »

(Léonard) « qui as mis des brides neuves au cheval ? »

(la fiancée) « moi. C’est vrai »

(Léonard) « quelles mains m’ont chaussé d’éperons ? »

(la fiancée) « ces mains qui t’appartiennent »



La passion que les personnages expriment l’un pour l’autre est indéniable et cette puissance les frustre, leur fait peur, et agit malgré leurs volontés personnelles. Ils ne peuvent qu’en être soumis.


(Léonard) « pour t’oublier j’avais mis un mur de pierre entre ta maison et la mienne

(…) quand je t’ai aperçue je me suis jeté du sable dans les yeux.

Mais je montais à cheval et le cheval m’emportait vers toi »


(la fiancée) « Tu me dis : vas-t’en, et je te suis »



Elle comprend les conséquences de ce qu’elle a fait et ne veut pas que Léonard paye pour son erreur d’avoir abandonné le fiancé. Elle sait qu’ils vont les trouver.

Une partie d’elle souhaite le protéger, le garder, lui être entièrement soumise et fidèle, mais une autre partie est angoissée et apeurée de devoir aller contre les normes de la société. Ce serait aussi vivre le reste de la vie dans la honte, en s’échappant du monde


« emmène-moi de foire en foire,

opprobre des honnêtes femmes, avec comme étendard,

les draps de ma noce au vent ! »


Mais Léonard la console et met de côté les normes de la société et la morale en surlignant qu’ils ne

sont qu’un seul.



« s’ils nous séparent, ce sera que je serai mort »



Ils sortent enlacés.


La lune se lève et deux cris déchirants se font entendre. La mendiante rentre et ouvre son manteau. L’oiseau de la mort a crié.


Le fiancé et Léonard se sont entre-tués au bord du ruisseau.



Deuxième tableau


Dans une pièce blanche qui semble une église, trois jeunes filles chantent et parlent des noces.

Leurs chants sont des présages de la mort imminente des deux hommes



« époux muet

amant vermeil

tous deux tombés

tous deux pareils »



La femme de Léonard est angoissée et veut retourner à la noce pour avoir des nouvelles mais sa mère le lui défend et lui demande d’avoir de la force et de l’orgueil. Mort ou vivant, Léonard ne rentrera plus jamais dans la maison puisqu’il a bafoué son honneur.



« toi dans ta maison ; courageuse et seule dans ta maison.

Pour y vieillir et pour y pleurer.

Mais derrière la porte fermée »



Elle devient ainsi la veuve d’un homme vivant.


La mendiante arrive pour demander du pain et confirme les présages fatidiques.



« Ils seront bientôt là.

Deux torrents enfin calmes entre les grandes pierres.

Deux hommes entre les pattes du cheval. Morts en cette belle nuit »



La mère entre dans la scène vide en demandant à la voisine de ne pas pleurer.

La mère est sous le choc et souhaite attendre d’être seule pour laisser libre cours à sa tristesse et ainsi rester digne face aux gens.

Elle se console en disant que d’une certaine façon elle a trouvé la paix puisqu’elle n’a plus d’hommes pour qui craindre puisqu’ils sont tous morts.



« cimetière ? Non, lit de terre qui les protège et les berce dans le ciel »



La fiancée arrive.

La mère l’attaque et la frappe et lui demande où est son honneur.

Nous pouvons nous demander si elle fait référence à son honneur moral ou son honneur virginal.



« je suis venue pour qu’elle me tue et qu’on m’emporte avec eux »



La fiancée ne fuit pas les coups de la mère puisqu’elle souhaite mourir. Elle est restée sans époux, sans amant et sûrement rejetée par sa famille. Elle doit vivre avec la honte pour toujours, marquée par la société.

Mais malgré tout elle souhaite surligner sa valeur de femme pure.



« je veux qu’elle sache que je suis honnête.

Folle peut être ! Mais on m’enterrera sans qu’un homme

se soit jamais miré dans la blancheur de mes deux seins »



Elle explique à la mère la raison pour laquelle elle est partie, et ose même dire que si la mère avait ressenti la même chose qu’elle, elle serait partie aussi.


Elle était impuissante face à la force de l’amour qu’elle avait pour Léonard. Elle ne pouvait que succomber.


Elle lui explique que son fils était un parti prometteur (de stabilité et tranquillité) de qui elle attendait des enfants, un foyer et de la richesse.

Mais la force de la passion a été plus forte que les promesses de prospérité.

Au-delà des règles, de la raison et même, de la bonne conscience.


De plus elle fait comprendre que le fiancé ne l’a jamais comprise et que ce qu’elle avait besoin était ce dont Léonard pouvait lui offrir.

La férocité de son être était à peine calmée par « le peu d’eau » que lui donnait son fiancé.



« il m’envoyait des oiseaux qui m’empêchaient de marcher

et qui laissaient du givre sur mes blessures de pauvre femme flétrie,

de fille caressée par le feu »



Le fiancé représentait pour elle, de par son argent, une porte de sortie des terres de son père, ces terres qui ont achevé avec la vie de sa mère.

Mais Léonard faisait partie des terres qu’elle détestait mais ne pouvait abandonner.

Il vient du même endroit, il est fait pareil qu’elle, il aimait comme elle.

Et cet amour aurait eu pour toujours plus de poids et d’emprise sur elle que tout ce que le fiancé aurait pu lui donner.

Même le salut autant désiré.



« je ne voulais pas. Ton fils était mon salut et je ne l’ai pas trompé,

mais le bras de l’autre m’a entraîné comme une vague […]

et il m’aurait entraîné toujours, toujours,

même si j’avais été une vieille femme et si tous les fils de ton fils

s’étaient accrochés à mes cheveux »



Il est important de préciser qu’elle ne fait pas référence aux enfants de son mari comme ses enfants. Elle est détachée de son mari puisque rien qui ne vienne pas de Léonard ne lui appartient.


La mère insiste sur son manque d’honnêteté et de morale en faisant remarquer qu’elle a brisé son mariage pour s’échapper avec un homme marié, pendant que la fiancée continue à défendre sa virginité.


La virginité de la femme semble plus importante pour la mère que les raisons pour laquelle elle a abandonné son fils. Son dépucelage est une raison suffisante pour la condamner de « mauvaise femme » marquée par le péché originel.

Mais en défendant sa virginité, la fiancée reconnaît la faiblesse de sa raison et ses sentiments et non pas la faiblesse de son corps, du péché de la chair.



« allume le feu, nous allons y mettre les mains.

Toi pour ton fils, moi pour mon corps :

tu seras forcée de les retirer avant moi »



Finalement la mère cède et dit que cela n’importe guère. Son fils n’est plus.


Les morts sont apportés.



« que la croix protège les vivants et les morts »




4. Analyse de personnages


La mère


La mère est une femme d’une cinquantaine d’années.

Elle est marquée par la peine.

Son mari est mort assassiné après trois ans de mariage. Son fils aîné est également mort assassiné quelques années plus tard dans la rue.



« il y a vingt ans que je ne suis pas montée jusqu’au bout de la rue »



Elle parle de « l’homme qui se rend à sa vigne ou à son olivaie, dont il est propriétaire par droit d’héritage » et nous fait nous demander si le père du fiancé fut tué par jalousie ou un problème de terres.


Elle est constamment torturée par leur perte et les souvenirs de leur mort.

Elle se rend au cimetière régulièrement.

Elle en parle tous les jours depuis sûrement une vingtaine d’années, ce qui ennuie fortement le fiancé.



« je vivrais cent ans que je ne parlerais pas d’autre chose »



Par conséquent, elle vit également avec la haine et la rancune envers les Félix.

Les assassins de sa famille qui vivent dans le même village.


Son fils lui dit qu’elle ira vivre avec lui et sa femme suite au mariage mais elle dit qu’elle doit rester proche du cimetière pour rendre visite à son mari et son fils. Elle veut éviter qu’un des assassins quand leur heure viendra, soit enterré proche de sa famille.


Son fils, le fiancé, est son unique enfant.

Elle vit avec la peur que son dernier fils meure aussi et l’a sûrement surprotégé toute sa vie.

Elle lui avoue même qu’elle aurait aimé qu’il soit né fille afin qu’il reste à la maison et ne coure pas le destin des hommes qu’est celui de mourir.



« nous resterions ici toutes les deux à broder des garnitures

et des petits chiens en laine »



Quand son fils lui annonce qu’il va se marier elle ressent cette perte.

Elle expérimente un rejet/intérêt pour la fiancée, la femme qui ôtera son fils de ses côtés.


D’une part elle semble avoir très peu d’intérêt par la fiancée de son fils puisqu’elle ne sait pas depuis combien de temps il la fréquente, ce qui semble être accepté par le fiancé comme preuve qu’elle est soumise à ses souvenirs mortuaires.

Mais en même temps elle a l’oreille ouverte. Elle a entendu parler que la fiancée avait été promise en mariage auparavant (chose que son fils semble complètement ignorer) et demande des informations à la voisine.


Il y a trois comportements que nous pouvons déduire de la mère vis-à-vis de la fiancée :


1. Elle veut savoir se renseigner sur la famille qui va se joindre à la sienne, connaître sa caste (surtout la mère de la fiancée) et s’ils font partie de leur même niveau social.

2. De la jalousie. Elle ressent de la peine de perdre son fils.

3. Elle est très intuitive. La mère annonce de nombreux présages dans toute la pièce. Elle ressent quelque chose par rapport à la fiancée qui n’est pas claire pour elle « quand on la nomme c’est comme si je recevais une pierre en plein front »


Sa seule consolation est l’espoir d’avoir des petits enfants.


Elle est une femme dure, froide, droite, stricte, avec un caractère fort.

Son fils est la lumière de sa vie.


Elle fut mère et père pour son fils. Elle n’a pas voulu se remarier.



« j’ai regardé ton père et quand on me l’a tué, j’ai regardé le mur d’en face »



Elle est une femme traditionnelle de son époque.

Elle met en valeur l’importance de la famille, de la richesse et le statut social.

Ceci se voit mis en valeur par l’éducation de son fils.

Elle perpétue les valeurs traditionnelles et patriarcales et cherche à élever son fils « comme un homme ».

Elle ne doute pas à élever sa droiture et son honnêteté mais également les valeurs de « mâle » : la fermeté, la virilité, la force et même, la violence.

Et cherche pour lui une femme qui puisse remplir son rôle : enfanter et garder son foyer.



« les hommes, bons mâles.

Le blé, bon blé »



Le fiancé


Il a 20 ou 21 ans.

Il est plus jeune que la fiancée.


Il a grandi en écoutant des histoires sur la mort de son père et de son frère.

Il a une relation très étroite avec sa mère pour qui il sent de la tendresse, de la peine mais également une sorte de dette et souhaite la rendre heureuse par tous les moyens (il lui demande si elle souhaite vivre avec lui une fois marié, si elle veut qu’il prenne vengeance sur les Félix et en rigolant il dit qu’il lui donnera son premier enfant).


Il y a beaucoup de complicité entre eux, parfois il rigole d’elle et ne la prend pas au sérieux, mais il dit également qu’il lui obéira toujours.


Il est un jeune homme beau, doux, tendre et travailleur, ce qui lui a valu l’admiration des voisines

« ton fils vaut son pesant en or ». Il est également propriétaire d’une vigne et il travaille lui-même les terres dont il a hérité.


La fiancée de son côté parle de lui en le désignant comme un « enfant d’eau » : tranquille, doux, paisible… un enfant.


Mais quand la fiancée part avec Léonard il se métamorphose, il devient violent et orgueilleux et son sang andalou ressort.

Il est aveuglé par l’idée de venger son honneur et celui de sa famille.

Il répercute sur Léonard toute la rage qu’il a accumulée depuis 20 ans.



La fiancée


Femme de 22 ans


Le personnage de la fiancée est sous-estimé.

D’un côté, son père et son fiancé la décrient comme une fille sage, bonne et douce.



(le père) « que dire de la mienne ?

Elle commence à pétrir le pain le matin à trois heures.

Jamais ne bavarde. Douce comme laine.

Elle brode toute sorte de broderie,

mais elle pourrait couper une corde avec les dents »



Mais son père est plus proche de sa véritable nature :



(le père) « la terre n’est pas bonne

mais avec des bras on la bonifie,

et comme il n’y a pas ici de passants pour te voler tes fruits,

tu peux dormir tranquille »



Le père fait référence à ses terres mais nous pouvons faire une relation directe avec sa fille.


La fiancée n’est pas « bonne » mais à force de dureté et d’isolement elle est devenue « sage ».

Mais malgré la distance Léonard vient pour « voler les fruits » (l’amour de la fiancée).

Fière, le père vante les qualités ménagères de la fiancée en disant qu’à trois heures du matin elle commence à pétrir le pain, mais lorsqu’il dort tranquille, Léonard vient la visiter.


En effet, la fiancée est rebelle, orgueilleuse, sauvage et habituée à la solitude. De plus, elle est impulsive, passionnée et possède un caractère très fort.

Elle n’hésite pas à tenir tête à qui conque la contredit ou questionne (Léonard ou la servante) mais elle tient à se comporter comme on l’attend d’elle.


La figure de sa mère morte est très importante pour elle. Sa mère venait des terres vertes et riches mais elle se serait « consumée » par l’aridité des terres du père.

Ceci pèse énormément dans sa psyché puisque celle-ci est la raison pour laquelle elle accepte de se marier avec le fiancé qui représente sa porte de sortie, son salut.

Contrairement à Léonard qui, pauvre, n’aurait jamais pu l’emmener vivre ailleurs.

Fatiguée d’être éloigné de tout, elle veut de la vie, de la fraîcheur « c’est pour ça qu’elle était si gaie ».



« ici, on prend feu rien qu’à toucher les murs »



Elle a un élan de liberté réprimé. L’existence de femme ne lui suffit pas et elle dit qu’elle aurait voulu être un garçon.

Nous pouvons nous demander : souhaite-t-elle vraiment la richesse de son fiancé ou la liberté que cette richesse peut lui apporter ?


Elle se considère comme une femme brûlée par le feu « couverte de plaies dedans et dehors » parce qu’elle a grandi dans cet endroit trop chaud et sans bonheur.


Malheureusement pour elle et ses désirs, la passion qu’elle ressent pour Léonard est beaucoup trop puissante.

Cette relation d’amour-haine la mène à agir contre tout ce qu’elle voulait : son mariage, ses souhaits… Et surtout, briser les attentes qu’on avait posées sur elle : les traditions et conventions sociales de comment doit se comporter une femme.



Léonard


Léonard est un personnage tant physique que métaphorique.


Cet homme est une force de la nature.

Il est sauvage, orgueilleux, imposant, impulsif et violent. Odieux et passionné, il semble prendre du plaisir à exciter le mépris des autres. En tout cas il ne s’inquiète pas d’être aimé.



(la femme) « quel besoin as-tu de te brouiller avec les gens ? »


(le père) « ce gars cherche un malheur : il a le sang mauvais »


(la mère) « manieurs de couteaux, gens au rire sournois »



Il pourrait être, selon les termes de la mère : un vrai mâle.


Il est comparé au cheval qui est sa monture de prédilection.

A sa première apparition, il se plaint que son cheval perd constamment ses fers puisque l’animal réussirait à les arracher grâce aux pierres du chemin.

Leonard humanise ainsi le cheval, en lui conférant la volonté de se libérer des fers. L’identification du personnage avec le cheval est nette : l’animal se rebelle contre sa domestication et décide de rester sauvage, tout comme Léonard.


Léonard n’est pas riche mais est un bon travailleur.


Époux et père de famille malgré lui.

« combiné par toi, faite de tes deux mains ». Il ne voulait pas se marier mais le mariage a été forcé par la fiancée elle-même.


Il n’aime pas sa femme et fait peu d’efforts pour lui cacher son amour envers sa cousine. Son manque de considération envers sa famille est présent, par exemple quand il va en cheval avec sa femme enceinte derrière lui, même si elle souhaitait aller en carriole « je ne suis pas homme à monter en carriole ». Quand la servante lui demande par rapport à son fils il demande « lequel ? ».


Tout comme nous l’avons analysé précédemment, tant Léonard que la fiancée nient leurs enfants (réels ou futurs avec leurs respectifs époux). Rien n’importe en dehors d’eux deux.


Il est passionnément amoureux de la fiancée avec qui il a entretenu une liaison pendant trois ans.

Personne ne sait pourquoi leurs fiançailles n’ont pas eu lieu. Il attribut cette rupture à son manque d’argent et blâme la fiancée d’être cupide et superficielle.


Dans tous les cas il se rend tous les jours jusqu’à la maison de son ancienne fiancée et n’hésite pas à partir avec elle le jour de son mariage.

Dur mais tendre, violent mais gentil.



« je te suis où que tu ailles (…)

des clous de lune rivent tes hanches à ma taille »



Nous pouvons comparer Léonard avec Heatchliff, personnage du roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Bronté. Considéré comme un antihéros, c’est un personnage complexe et ambivalent. Héroïque de par son amour pour Catherine, mais suscite le mépris à toute personne qui le rencontre.



Analyse : Quelle est la question que Garcia Lorca a voulu résoudre avec cette pièce ?




Doit-on sacrifier l’amour en échange d’une stabilité économique ?



Tout d’abord, il est important de commencer cette analyse en tenant compte que la fiancée et le fiancé portent avec eux les valeurs de leur époque.


Ils cherchent à allier deux bons patrimoines, travailler leur héritage terrien et former une famille.


Ils sont enfermés dans des concepts et dans des rôles pré-établis.

Un homme doit prévoir pour sa famille et amasser de la richesse.

Une femme doit prendre soin de son foyer et enfanter.


Les références à la fécondité, à la richesse sont très récurrentes et parfois confondues.



(le père) « cultiver ses vignes à lui dans la terre à elle »


(la mère) « les hommes, bons mâles. Le blé, bon blé »


(la mère) « mauvais jour ? Le seul beau jour ! 

c’est le labour des terres, la plantation de nouveaux arbres »



La femme n’est même pas mentionnée mais on fait référence à elle comme une graine qui doit être fécondée et germinée.



(la mère) « achète-lui des bas à jours,

et pour toi fais faire deux habits, trois habits ! Je n’ai que toi »



à nouveau, nous pouvons voir comment l’homme et la femme sont instrumentalisés. Pendant que l’homme s’achète des costumes pour les montrer au monde et montrer son appartenance sociale, la femme porte sous ses vêtements, des bas. Ce sous-vêtement est caché, pudique et se montre qu’à son mari et visent directement aux relations sexuelles et par conséquent, la maternité.



« ma fille est large et ton fils est fort »



Le père et la mère font référence à leurs enfants (et leurs futurs petits-enfants) comme à des animaux.

Le père veut avoir plusieurs petits-fils afin de ne pas devoir louer des travailleurs pour travailler la terre « il faut faire la guerre aux mauvaises herbes », pendant que la mère souhaite des petites-filles pour lui tenir compagnie à l’intérieur de la maison.


Les personnes ont des devoirs envers leurs familles et envers les valeurs de la société à laquelle ils appartiennent.

Ces valeurs-là, malgré la récente indépendance de la femme, sont encore valables dans différentes sociétés.

S’allier en mariage avec un homme riche tel que le fiancé est une suite logique de survie. Avec sa richesse il peut assurer à sa femme protection et une stabilité quotidienne (avoir un toit, de la nourriture, des habits, des enfants et la santé, tous comme les plaisirs mondains).


La maison et le mariage est dépeint comme une nécessité, un parcours naturel, une aspiration, mais à diverses occasions aussi, comme une prison.



(la belle-mère) « toi dans ta maison ; courageuse et seule dans ta maison.

Pour y vieillir et pour y pleurer.

Mais derrière la porte fermée »


(la mère) « tu sais ce qu’est le mariage, petite ?

c’est un homme, des enfants

et un mur épais de deux mètres entre toi et tout le reste »



Par ailleurs, nous ne pouvons pas mettre de côté l’histoire personnelle de la fiancée.


La figure de la mère de la fiancée est très présente.

La fiancée souhaite ne pas reproduire le même destin que sa mère.

Elle souhaite partir des terres arides de son père (afin de ne pas mourir comme sa mère) et le fiancé semble être le candidat parfait pour accomplir son désir.

Le fiancé lui ouvre une porte de sortie, une aventure de vie en plus de la stabilité même si elle ne l’aime pas d’un amour passionné.


Mais cette échappatoire signifie d’abandonner son amour pour Léonard.


Quand la fiancée répond à la question de la mère de son fiancé sur le mariage :



(la mère) « tu sais ce qu’est le mariage, petite ?

c’est un homme, des enfants

et un mur épais de deux mètres entre toi et tout le reste »


(la fiancée) « y a-t-il besoin d’autre chose ? »

« je ferais mon devoir »


Nous aimerions répondre : l’amour.


Léonard est cette entité qui brise tout.

Il offre à la fiancée cet amour fougueux, sensuel et fusionnel qu’elle désire mais ne se permet pas de vivre entièrement.

D’un côté se trouve le fiancé avec sa richesse et sa douceur, et de l’autre se trouve Léonard avec sa pauvreté et sa passion. Elle se trouve entre deux choses qu’elle désire mais ne peut pas combiner.

En choisissant le fiancé elle choisit non seulement l’accomplissement de ses désirs mais elle répond également aux attentes qu’on pose sur elle en tant que femme dans la société (la survie à travers un statut).

Malheureusement pour elle tout ceci n’a pas tenu tête face à son amour pour Léonard.



« Ta voix me tire, je sais que je vais me noyer, mais je la suis »



Le moment qu’elle choisit pour s’abandonner à la force de ses émotions n’est pas le plus propice et les conséquences sont néfastes.


Elle tue non seulement son amour mais aussi la possibilité d’accomplir ses désirs.

Elle n’a aucun futur possible.


Lorca répond tout simplement à la question "Doit-on sacrifier l’amour en échange d’une stabilité économique ?" à travers le seul personnage que porte un nom dans sa pièce : Léonard.



« Quand les choses arrivent à nos centres personne ne peut les arracher »



Léonard est un personnage métaphorique.

Léonard étymologiquement signifie : la force du lion. Il incarne la force des émotions, notamment l’amour et la passion, deux forces dévastatrices et essentielles. Celle-ci est la raison pour laquelle il est le seul personnage que Lorca a nommé, le seul personnage a qui il est important de nommer.


Même si Léonard n’existait pas la fiancée aurait ressenti son manque.


La stabilité économique aurait pu la rendre heureuse sans amour ?


Ce désir de ne pas reproduire un destin (qui n’était pas le sien) l’aurait conduit à son malheur ?


Cette question nous permet de nous interroger sur une autre :



Les enfants doivent-ils porter le poids émotionnel et psychologique de leurs parents ?



Lorca, de manière symbolique nous donne des pistes sur le pouvoir des êtres dans la vie des personnages.

Par exemple celui de la mère de la fiancée qui, de manière sournoise, est toujours présente. La grotte, l’endroit où vit la fiancée a une valeur symbolique puisqu’elle représente le ventre de la terre donc le ventre de la mère.

(il y a d’autres endroits qui peuvent avoir la même symbolique tel que les cenotes pour les Aztèques. Dans tous les cas, historiquement, les grottes étaient très populaires en Andalousie pour être l’habitation des gitans).



Si la fiancée avait choisi de comprendre que le destin de sa mère n’était pas forcément le sien, elle se serait marié avec l’homme qu’elle aimait et aurait vécu heureuse.


En ce qui concerne la fiancée, ne pas suivre son cœur a entraîné son malheur et la mort de ces deux amants.


Dans le cas du fiancé, vouloir venger sa famille et sauver son honneur l’a mené à s’entre-tuer avec son ennemi… grâce au couteau que sa mère a déposé dans sa main.



(les bûcherons) « ils se sont dominés, mais le sang l’a emporté »

« il faut suivre la route du sang »

« mais la terre boit le sang qui voit la lumière »

« eh quoi? mieux vaut être mort, saigné à blanc que vivre avec le sang pourri »




Ecrit en 1932.

Editions Gallimard, imprimé à Barcelone en 2021.


Traduit de l'espagnol par Marcelle Auclair

Poèmes traduits par Jean Prévost


 
 
 

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Ecrit par Carmen Rozzonelli
 

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